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# Neurodiversité : comprendre les structures pour mieux s'orienter

Lorsqu'un enfant, un adolescent ou un adulte est concerné par la neurodiversité, une question revient très vite : à qui s'adresser ?


CMP, CMPP, SESSAD, IME, ITEP… Ces sigles circulent beaucoup dans les échanges entre parents, dans les couloirs des écoles, dans les cabinets médicaux. Pourtant, ils restent souvent flous, sources de confusion et d'anxiété. Résultat : des familles épuisées par les recherches, des parcours hachés faute d'information claire, et le sentiment permanent de devoir "deviner" la bonne porte à pousser au bon moment.

Cet article a un objectif simple mais essentiel : mettre de la clarté là où il y a trop de sigles, pour permettre à chacun de s'orienter plus sereinement dans ce labyrinthe administratif et médico-social.


Comprendre le parcours… sans le rigidifier

Avant toute chose, il est important de le rappeler : il n'existe pas un parcours unique en neurodiversité. Chaque personne a son rythme propre, ses besoins spécifiques, son contexte familial, scolaire ou professionnel particulier. Ce qui fonctionne pour une famille ne sera pas forcément adapté pour une autre.

Les structures présentées ici ne sont ni obligatoires, ni hiérarchisées. Elles ne forment pas un chemin linéaire à suivre étape par étape. Elles constituent des possibilités, des ressources disponibles, pas des cases rigides dans lesquelles il faudrait absolument entrer. Certaines personnes passeront par plusieurs de ces structures, d'autres n'en fréquenteront qu'une seule, d'autres encore trouveront leurs réponses ailleurs.

L'objectif de cet article est de vous donner les clés pour comprendre ce qui existe, afin que vous puissiez faire des choix éclairés en fonction de votre situation.


Les structures de première écoute et de suivi


CMP – Centre Médico-Psychologique

Les CMP sont souvent la première porte d'entrée dans le parcours de soins en santé mentale et neurodéveloppement.

Ce qu'ils proposent : Un suivi psychologique et psychiatrique gratuit, parfois complété par d'autres professionnels selon les équipes et les moyens disponibles (psychologues, infirmiers psychiatriques, parfois orthophonistes ou psychomotriciens). Certains CMP sont spécialisés dans l'enfance et l'adolescence, d'autres accueillent également des adultes.

Comment y accéder : L'accès est généralement gratuit et se fait sur orientation médicale (médecin traitant, pédiatre, médecin scolaire), mais certains CMP acceptent aussi les demandes directes des familles. Il est rattaché au secteur de psychiatrie publique correspondant à votre lieu de résidence.

Les délais : C'est souvent le point noir. Les délais d'attente peuvent être très importants (plusieurs mois), en fonction des zones géographiques et de la saturation des services. Malgré ces délais, le CMP reste un lieu central pour poser les premières bases d'un accompagnement, notamment pour un diagnostic, une évaluation initiale ou un suivi thérapeutique dans la durée.

À savoir : Les CMP dépendent du service public hospitalier et sont entièrement pris en charge par l'Assurance Maladie, sans avance de frais.


CMPP – Centre Médico-Psycho-Pédagogique

Les CMPP s'adressent exclusivement aux enfants et adolescents, de la petite enfance jusqu'à 20 ans.

Ce qu'ils proposent : Un accompagnement global qui articule les dimensions psychologique, éducative et pédagogique. Les CMPP prennent en charge les difficultés scolaires, les troubles des apprentissages, les troubles du neurodéveloppement (comme le TDAH, les troubles dys, le trouble du spectre de l'autisme) et la souffrance psychique, en lien étroit avec la scolarité. L'équipe pluridisciplinaire peut comprendre des psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes et médecins.

Comment y accéder : L'accès est gratuit et se fait généralement à la demande des parents, sans nécessiter de reconnaissance préalable de handicap ou de droits auprès de la MDA. Une simple prise de rendez-vous suffit, même si là encore les délais peuvent être conséquents.

L'approche : C'est souvent un espace intermédiaire, ressenti comme moins médicalisé qu'un CMP, apprécié pour son approche globale qui ne sépare pas les difficultés scolaires des aspects émotionnels et relationnels. Le CMPP travaille régulièrement en lien avec l'école.

À savoir : Les CMPP sont des structures associatives conventionnées. Les soins sont pris en charge par l'Assurance Maladie sans avance de frais.


Les accompagnements dans le lieu de vie

SESSAD – Service d'Éducation Spéciale et de Soins À Domicile

Le SESSAD est un dispositif particulièrement précieux car il intervient directement dans l'environnement quotidien de l'enfant ou de l'adolescent : à la maison, à l'école, dans les lieux de vie habituels.

Ce qu'il propose : Un accompagnement coordonné et personnalisé, à la fois éducatif, thérapeutique et scolaire. L'équipe pluridisciplinaire (éducateurs spécialisés, psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, etc.) se déplace pour intervenir là où se trouve la personne. L'objectif est de favoriser l'inclusion scolaire et sociale, de soutenir l'autonomie, et d'accompagner les apprentissages sans rupture avec le milieu ordinaire.

Comment y accéder : L'accès au SESSAD nécessite une notification de la MDA (Maison Départementale de l'Autonomie), après constitution d'un dossier et évaluation des besoins. Une fois la notification obtenue, les parents recherchent un SESSAD qui dispose de places disponibles, ce qui peut prendre du temps.

Les modalités : Les interventions sont adaptées au projet personnalisé de l'enfant. Elles peuvent avoir lieu plusieurs fois par semaine, durant les temps scolaires ou périscolaires. Le SESSAD travaille en étroite collaboration avec l'école et la famille.

À savoir : Ce dispositif est entièrement gratuit pour les familles, pris en charge par l'Assurance Maladie. Il est souvent perçu comme un soutien précieux car il s'adapte à la réalité du quotidien et évite les ruptures dans le parcours de l'enfant.


Les structures d'accueil spécialisées


IME – Institut Médico-Éducatif

Les IME accueillent des enfants et adolescents (de 3 à 20 ans) en situation de handicap reconnu, notamment avec une déficience intellectuelle, des troubles du spectre de l'autisme, ou des troubles associés.

Ce qu'ils proposent : Un accompagnement global, éducatif, pédagogique et thérapeutique, qui peut être proposé à temps plein ou à temps partiel selon les besoins. L'IME propose des apprentissages adaptés, un soutien éducatif, des soins (kinésithérapie, orthophonie, psychomotricité, etc.) et des activités sociales. L'objectif est de favoriser l'épanouissement, l'autonomie et les compétences de chacun.

Comment y accéder : L'orientation vers un IME se fait uniquement via une notification de la MDA, après évaluation du dossier. Les familles doivent ensuite trouver un établissement disposant de places, ce qui constitue souvent un parcours du combattant compte tenu de la saturation des structures.

Les modalités : Certains IME fonctionnent en internat (avec retours en famille le week-end), d'autres en externat ou en semi-internat. Depuis quelques années, des dispositifs plus inclusifs se développent, avec des temps partagés entre l'IME et l'école ordinaire.

À savoir : L'IME peut être une solution adaptée lorsque le cadre scolaire ordinaire, même avec des aménagements, ne répond plus aux besoins de l'enfant. Cela ne remet en question ni les capacités, ni la valeur de la personne, mais constitue un choix d'environnement plus ajusté à un moment donné.


ITEP – Institut Thérapeutique, Éducatif et Pédagogique

Les ITEP s'adressent aux enfants et adolescents (de 3 à 20 ans) présentant des troubles du comportement importants qui perturbent gravement leur socialisation et leur accès aux apprentissages, sans déficience intellectuelle associée.

Ce qu'ils proposent : Un accompagnement qui articule trois dimensions : le soin (suivi psychologique et thérapeutique), l'éducation (accompagnement éducatif structurant) et la scolarité (enseignement adapté). L'objectif est d'aider le jeune à retrouver des repères, à réguler ses émotions et ses comportements, et à reprendre un chemin d'apprentissage.

Comment y accéder : Comme pour l'IME, l'orientation se fait via une notification de la MDA. Les places sont limitées et les délais d'attente peuvent être longs.

Les modalités : Les ITEP peuvent fonctionner en internat, semi-internat ou externat. De plus en plus d'ITEP évoluent vers des dispositifs DITEP (Dispositifs Intégrés ITEP), plus souples et inclusifs, permettant des allers-retours entre l'ITEP et le milieu ordinaire (école, collège) selon l'évolution du jeune.

À savoir : L'ITEP n'est pas une "punition" ni un abandon. C'est un espace de reconstruction pour des jeunes en grande souffrance, qui ont besoin d'un cadre contenant et sécurisant pour apaiser leurs difficultés.


Les soins de rééducation


CMPR / SSR – Centres de Médecine Physique et de Réadaptation / Soins de Suite et de Réadaptation

Ces structures proposent des soins de rééducation fonctionnelle, notamment en ergothérapie, psychomotricité, orthophonie, kinésithérapie, ou encore rééducation neurologique.

Ce qu'ils proposent : Un accompagnement intensif et coordonné, particulièrement utile après un diagnostic, lors d'une période de décompensation, ou pour un bilan fonctionnel complet. Les CMPR/SSR peuvent accueillir des enfants et des adultes, en suivi ambulatoire (rendez-vous réguliers) ou en hospitalisation complète ou de jour (séjour de quelques semaines).

Comment y accéder : L'accès se fait sur prescription médicale, généralement via un médecin spécialiste (neuropédiatre, médecin de médecine physique et de réadaptation, psychiatre). Les soins sont pris en charge par l'Assurance Maladie.

À savoir : Ces structures interviennent souvent en complément d'autres accompagnements. Elles sont particulièrement indiquées lorsque des soins intensifs et coordonnés sont nécessaires sur une période donnée.


La MDA : un acteur central du parcours

MDA – Maison Départementale de l'Autonomie

(anciennement MDPH – Maison Départementale des Personnes Handicapées)

La MDA joue un rôle absolument central dans le parcours des personnes en situation de handicap, y compris dans le cadre de la neurodiversité.

Son rôle : La MDA évalue les besoins, reconnaît les droits, ouvre l'accès aux aides et oriente vers les dispositifs adaptés. Concrètement, elle instruit les demandes et délivre :

  • La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH)

  • L'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) et ses compléments

  • L'allocation aux adultes handicapés (AAH)

  • La prestation de compensation du handicap (PCH)

  • Les orientations vers des établissements et services médico-sociaux (SESSAD, IME, ITEP, ESAT, etc.)

  • Les aménagements scolaires via le Plan d'Accompagnement Personnalisé (PAP) ou le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS), avec l'attribution d'une Aide Humaine (AESH) si nécessaire

Comment ça se passe : Les familles ou la personne concernée doivent constituer un dossier (formulaire Cerfa, certificat médical, documents justificatifs) et le déposer à la MDA de leur département. Le dossier est ensuite examiné par une équipe pluridisciplinaire, puis une décision est prise par la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH).

Les difficultés : La MDA peut être vécue comme complexe, chronophage et émotionnellement éprouvante. Les délais de traitement sont souvent longs (plusieurs mois), les formulaires peuvent sembler intimidants, et les décisions ne correspondent pas toujours aux attentes. Certaines familles se sentent dépassées ou jugées dans leurs démarches.

Malgré tout : La MDA reste un point d'appui important pour sécuriser un accompagnement dans la durée, ouvrir des droits financiers qui soulagent le budget familial, et obtenir des orientations vers des dispositifs spécialisés. Il est possible de se faire accompagner dans les démarches par des associations ou des travailleurs sociaux.


Et au-delà des structures institutionnelles…

Il est essentiel de le rappeler : toutes les réponses ne se trouvent pas dans les dispositifs médico-sociaux.

Les associations de parents, les groupes de parole, les espaces de soutien pour les aidants, les réseaux d'entraide, les accompagnements non médicalisés (coaching parental, soutien éducatif, groupes d'habiletés sociales, etc.) jouent un rôle absolument essentiel dans le parcours.

Ces espaces offrent souvent ce qui manque le plus dans les institutions : l'écoute sans jugement, la compréhension réelle du vécu, le lien humain, le partage d'expériences, et la reconnaissance de ce que traverse la personne et sa famille.

Parfois, une simple conversation avec un autre parent qui "comprend vraiment" vaut autant qu'un rendez-vous médical. Parfois, un atelier en petit groupe apporte plus de progrès qu'une rééducation individuelle. Le parcours ne se limite jamais aux murs des institutions.


À retenir

  • Il n'existe pas de parcours "idéal" ou "normal" : chaque personne trace son propre chemin, à son rythme.

  • Les structures sont des ressources, pas des obligations : vous n'êtes pas tenu de toutes les solliciter.

  • S'orienter prend du temps, et c'est légitime : il n'y a aucune honte à tâtonner, à poser des questions, à changer d'avis.

  • Le soutien humain est aussi important que les dispositifs : ne négligez jamais les liens, les échanges, les espaces informels de parole et d'écoute.

  • Vous avez le droit de ne pas tout comprendre tout de suite : ce système est complexe, y compris pour les profess

    ionnels. Allez-y pas à pas.


Association Aladin

Comprendre. Soutenir. Relier.

Si vous êtes parent, aidant ou personne concernée par la neurodiversité,vous n'avez pas à avancer seul·e.

L'association Aladin est là pour vous accompagner dans ce parcours, vous orienter, vous écouter, et vous mettre en lien avec d'autres personnes qui vivent des situations similaires.

N'hésitez pas à nous contacter. Nous sommes là.



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